Votre rendez-vous du jeudi · Série IA
La semaine dernière, nous avons regardé ce qui sort de l'entreprise quand vos employés utilisent des assistants IA grand public. En septembre, le quatrième épisode vous proposait dix questions à poser à vos fournisseurs sur leur usage de l'IA. Ce jeudi, on retourne la table : ces questions, vos clients vont vous les poser.
Notre position : sur l'IA, vos clients ne se contenteront pas d'une promesse, ils demanderont une preuve. La bonne nouvelle, c'est que si vous avez suivi cette série, vous avez déjà construit l'essentiel de cette preuve. Il reste à la rassembler.
Pourquoi ces questions arrivent maintenant
Pendant longtemps, l'IA tenait en une ligne dans un questionnaire de sécurité, quand elle y figurait. Trois textes publiés changent la donne pour un fournisseur canadien.
Une grille standard existe. La Cloud Security Alliance a publié le 9 juillet 2025 son AI Controls Matrix : 243 objectifs de contrôle répartis en 18 domaines, avec un questionnaire associé, l'AI-CAIQ, conçu pour l'autoévaluation comme pour l'évaluation des fournisseurs. La grille est mise en correspondance avec ISO/IEC 42001, le profil NIST AI 600-1 et le règlement européen sur l'IA. Depuis le 20 novembre 2025, un AI-CAIQ évalué, combiné à une certification ISO/IEC 42001, permet d'obtenir le niveau 2 du programme STAR for AI. Statut : confirmé par la CSA.
Ce que ça change : l'équipe des achats de votre client n'a plus à inventer ses questions sur l'IA. Elle peut joindre une grille publiée à son prochain appel d'offres.
Les institutions financières devront évaluer vos modèles. Le BSIF a publié le 11 septembre 2025 la version définitive de sa ligne directrice E-23 sur la gestion du risque de modélisation, en vigueur le 1er mai 2027. Elle vise les banques, les assureurs et les sociétés de fiducie et de prêt fédérales. Sa définition du modèle inclut expressément les méthodes d'IA et d'apprentissage automatique, le cadre englobe les modèles provenant de tiers fournisseurs, et les modèles développés à l'externe doivent recevoir leur propre cote de risque. Statut : confirmé, ligne directrice publiée.
Ce que ça change : si vous vendez à une institution financière fédérale et que votre produit utilise un modèle, elle devra le coter avant mai 2027. Elle ne pourra le faire qu'avec vos réponses.
Au Québec, les décisions automatisées doivent s'expliquer. L'article 12.1 de la Loi 25 oblige l'entreprise qui rend une décision fondée exclusivement sur un traitement automatisé de renseignements personnels à en informer la personne concernée et, à sa demande, à lui communiquer les renseignements utilisés ainsi que les raisons et les principaux facteurs et paramètres de la décision. Statut : texte de loi en vigueur.
Ce que ça change : l'obligation pèse sur votre client, mais si c'est votre système qui prépare la décision, il ne pourra la respecter qu'avec votre aide. Il vous demandera, avant de signer, si vous pouvez fournir ces facteurs.
Les huit questions à préparer
Elles reprennent, à l'envers, les dix questions de notre quatrième épisode. Elles valent pour l'IA intégrée à votre produit comme pour l'IA que vos équipes utilisent avec les données de vos clients.
Usage et données
- Quelles fonctions de votre produit ou de votre service reposent sur un modèle d'IA, et lesquelles sont activées par défaut ?
- Vos employés utilisent-ils des assistants IA avec nos données, et selon quelles règles ?
- Nos données servent-elles à entraîner ou à améliorer un modèle, et combien de temps sont-elles conservées par le fournisseur du modèle ?
Chaîne d'approvisionnement
- Quels fournisseurs de modèles traitent nos données, dans quelle région, et nous prévenez-vous avant d'en changer ?
Contrôles
- Comment testez-vous vos fonctions d'IA contre l'injection de prompt et la fuite de données, et journalisez-vous les entrées et les sorties du modèle ?
- Des agents ou des automatisations IA ont-ils accès à nos systèmes ou à nos données, avec quelles permissions ?
Gouvernance et décisions
- Si votre système prend ou prépare une décision concernant une personne, pouvez-vous nous en fournir les principaux facteurs dans un délai compatible avec nos obligations ?
- Qui répond de l'IA chez vous, et comment savez-vous que vos règles sont appliquées ?
La question 2 surprend souvent les fournisseurs qui n'intègrent aucune IA à leur produit. Elle les concerne pourtant tous : votre client se demande si son contrat ou sa liste de clients a fini dans un robot conversationnel ouvert avec un compte personnel.
Trois niveaux de réponse : la promesse, la description, la preuve
Prenons la question 3. Trois réponses possibles, toutes trois fictives.
La promesse. « Nous prenons la protection de vos données très au sérieux. » Elle ne répond pas à la question. Un analyste expérimenté la lit comme un « non ».
La description. « Vos données ne servent pas à entraîner nos modèles. » C'est mieux, mais rien ne permet de le vérifier, et la phrase ne dit rien de la rétention.
La preuve. « Vos données ne servent pas à l'entraînement et sont conservées 30 jours par notre fournisseur de modèle : article 7 de notre contrat d'entreprise, extrait joint. Réglage vérifié dans la console d'administration le 15 octobre par notre responsable de la sécurité. Prochaine vérification : janvier. » Un document, une date, un nom de rôle, une date de révision.
Et quand la réponse honnête est non, la règle de notre trousse de réponse s'applique : un « pas encore » accompagné d'une date vaut mieux qu'un « oui » sans preuve. Un « oui » qu'on ne peut pas démontrer devient un problème le jour d'un incident ou d'un audit.
Le dossier de preuve IA : ce que la série a déjà construit
Chaque épisode de cette série a produit une pièce. Rassemblées, elles répondent aux huit questions.
- Le registre des usages de l'IA (épisode 1), avec les quatre colonnes ajoutées la semaine dernière : questions 1, 2 et 3.
- La page de règles en trois classes de données et la règle sur les comptes (29 octobre) : question 2.
- La liste des sous-traitants IA et les clauses contractuelles (épisode 4), que vous avez exigées de vos propres fournisseurs : questions 3 et 4.
- Les tests propres aux modèles de langage (épisode 3) : question 5.
- L'inventaire des agents et de leurs permissions (15 octobre) : question 6.
- Le propriétaire de l'IA et la politique d'usage (épisode 2), puis les indicateurs et la page trimestrielle (22 octobre) : question 8.
La question 7 est la seule qui demande souvent un travail nouveau : documenter, pour chaque fonction qui prépare une décision sur une personne, les données utilisées et les facteurs qui pèsent le plus. Si aucune fonction de votre produit ne le fait, écrivez-le, avec la date de la vérification.
Par-dessus ces pièces, une page : « Notre usage de l'IA ». Ce que fait l'IA dans votre produit et chez vous, les fournisseurs de modèles, les engagements sur les données, le propriétaire, la date de la dernière revue. Elle se joint à chaque questionnaire, et les annexes suivent sur demande.
Les trois pièges
Répondre « non » sans avoir vérifié. « Utilisez-vous l'IA ? » Beaucoup répondent non par réflexe, alors que leur messagerie, leur gestion de la relation client ou leur outil de soutien a activé un assistant par défaut. Le quatrième épisode l'a montré : vos propres fournisseurs ont ajouté de l'IA sans vous le demander.
Promettre plus que votre fournisseur de modèle. Vous ne pouvez pas garantir à votre client une rétention ou une région de traitement que le contrat de votre fournisseur de modèle ne vous garantit pas. Lisez ce contrat avant de répondre.
Une réponse différente à chaque client. Le vendeur répond d'une façon, le soutien technique d'une autre, et les deux réponses finissent un jour dans le même dossier. Une seule source, un seul propriétaire, la même page pour tous.
Le test de la semaine
Prenez trente minutes et deux personnes : celle qui reçoit les questionnaires de vos clients (souvent aux ventes ou à la direction) et celle qui suit la sécurité.
- Reprenez le dernier questionnaire de sécurité reçu, ou à défaut les huit questions ci-dessus.
- Pour chaque question sur l'IA, écrivez votre réponse et nommez le document qui la prouve, daté de moins de douze mois.
- Demandez aux ventes ce qu'elles ont répondu, à l'écrit, aux trois derniers clients qui ont posé une question sur l'IA.
Trois résultats doivent vous alerter. Une réponse sans document : c'est une promesse. Une question à laquelle personne ne sait répondre en interne : il manque un propriétaire. Deux réponses différentes données à deux clients : l'une des deux est fausse, et vous ne savez pas laquelle.
Ce que vous devriez avoir dans un mois
Une page « Notre usage de l'IA » datée et signée par son propriétaire, ses annexes rangées au même endroit, les « pas encore » assortis d'une date, et une règle simple : toute réponse sur l'IA sort de cette page. Pas un discours rassurant : un dossier qui tient quand l'analyste de votre client pose la question suivante.
Où FortaRisks intervient
Pour répondre vous-même, notre trousse de réponse est gratuite : une autoévaluation, un modèle de réponses pour « oui », « en partie » et « pas encore » avec la preuve à joindre, et les questions plus poussées classées par thème. Pour que la preuve reste à jour d'un client à l'autre, Forta Conformité évalue ISO 42001 et le NIST AI RMF parmi plus de 40 référentiels rattachés au même socle de contrôles : une preuve rassemblée une fois sert à plusieurs exigences, et plusieurs questionnaires. Et la feuille de route complète de cette série existe en guide de huit pages.
Jeudi prochain : les outils d'IA que vos équipes ont installés elles-mêmes. Plateformes d'automatisation, serveurs de modèles, interfaces de test : ceux qui répondent à Internet, et pourquoi personne ne les a inventoriés.
Sources : Cloud Security Alliance, AI Controls Matrix (9 juillet 2025) · Cloud Security Alliance, niveaux du programme STAR, dont STAR for AI · BSIF, Ligne directrice E-23, Gestion du risque de modélisation (2027) · LégisQuébec, Loi sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé, article 12.1 · OWASP, LLM01:2025 Prompt Injection