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Sécurité de l'IA : interdire les assistants grand public ne protège pas vos données

29 octobre 2026 · 8 min de lecture

Votre rendez-vous du jeudi · Série IA

La semaine dernière, nous avons mis toute la feuille de route sur une page : inventaire, propriétaires, référentiels, agents, mesure. Ce jeudi, on revient au point de départ, mais par l'autre bout. Le premier épisode demandait quels outils d'IA sont utilisés chez vous. Celui-ci pose la question qui suit : qu'est-ce qui en sort ?

Notre position tient en une phrase : interdire les assistants IA grand public ne protège pas vos données, ça les déplace. Ce qui protège, c'est un outil approuvé, trois classes de données et quelques réglages que presque personne ne vérifie.

Cinq chemins par lesquels les données sortent

Quand on parle de fuite par l'IA, on pense au document collé dans une fenêtre de discussion. C'est le chemin le plus visible, pas le seul.

  1. Le collage. Un contrat à résumer, une liste de clients à nettoyer, un courriel délicat à reformuler, un extrait de code à corriger. Le texte quitte l'entreprise au moment où il est envoyé, avec tout ce qu'il contient.
  2. Le compte personnel. Le même outil n'offre pas les mêmes garanties selon qu'on s'y connecte avec un compte d'entreprise ou une adresse personnelle. Les offres pour entreprises prévoient en général des engagements contractuels sur la rétention et sur l'usage des données pour entraîner les modèles ; un compte gratuit ouvert avec une adresse personnelle relève des conditions grand public, que l'entreprise n'a ni lues ni signées.
  3. L'extension de navigateur. Une extension « assistant IA » qui résume les pages ou rédige les réponses a souvent besoin de lire le contenu de chaque page consultée, y compris celles de votre logiciel de gestion, de votre portail RH ou de votre messagerie web.
  4. Le connecteur. « Connecter votre boîte de courriel », « accéder à vos fichiers » : un clic d'autorisation suffit pour qu'une application tierce lise en continu ce à quoi l'employé a accès. Le collage est ponctuel ; le connecteur est permanent.
  5. Les réglages par défaut. Historique conservé, conversations utilisées pour améliorer le service, partage de liens publics vers une conversation : ce sont des réglages, et un réglage par défaut est rarement le plus prudent pour une entreprise.

Ce que ça change : le risque ne dépend pas de l'outil, il dépend de la combinaison outil, compte, réglage, donnée. Le même assistant peut être acceptable avec un compte d'entreprise et des données publiques, et inacceptable avec un compte personnel et une liste de clients.

Ce que disent les autorités

Au Canada, le Commissariat à la protection de la vie privée et l'ensemble de ses homologues provinciaux et territoriaux ont publié le 7 décembre 2023 des principes pour des technologies d'IA générative responsables, dignes de confiance et respectueuses de la vie privée. Ce ne sont pas des obligations nouvelles : ils interprètent les lois existantes. Pour les organisations qui utilisent ces outils, le principe sur la limitation de la collecte, de l'utilisation et de la communication est sans ambiguïté : utiliser des renseignements anonymisés ou dépersonnalisés dans les requêtes lorsque c'est possible, n'y entrer des renseignements sensibles ou confidentiels que lorsque c'est autorisé, et ne pas conserver ni réutiliser les requêtes à d'autres fins. Statut : lignes directrices publiées par les autorités, non contraignantes en elles-mêmes.

Au Québec, la Loi 25 ajoute une conséquence très concrète. Elle qualifie d'incident de confidentialité toute communication d'un renseignement personnel qui n'est pas autorisée par la loi. Un employé qui colle les coordonnées de clients dans un outil que l'entreprise n'a ni approuvé ni encadré par contrat peut donc créer un incident à consigner au registre, et à évaluer : s'il présente un risque de préjudice sérieux, il faut aviser la Commission d'accès à l'information et les personnes concernées. Nous l'avions détaillé dans notre article sur la conformité à la Loi 25.

Côté sécurité, l'OWASP classe la divulgation d'informations sensibles au deuxième rang de son Top 10 2025 des risques des applications de grands modèles de langage (LLM02). Le texte rappelle que les utilisateurs doivent comprendre le risque de fournir sans le vouloir des données sensibles qui pourraient ressortir plus tard, et recommande aux applications d'empêcher les données des utilisateurs d'entrer dans l'entraînement et de tenir des politiques claires de rétention et de suppression.

Pourquoi l'interdiction déplace le problème

Le réflexe est compréhensible : bloquer les sites des assistants grand public et passer à autre chose. Dans la plupart des organisations, il produit l'inverse de l'effet voulu. L'usage continue, sur le téléphone personnel, sur le portable à la maison, avec un compte personnel, et il devient invisible. Vous perdez le peu de visibilité que vous aviez, sans avoir réduit le besoin qui poussait les gens vers l'outil : gagner du temps sur un texte.

Ce que ça change : la bonne question n'est pas « faut-il autoriser l'IA ? », mais « quel outil offrons-nous, à quelles conditions, et pour quelles données ? ». Un outil approuvé et raisonnable réduit davantage le risque qu'une interdiction que personne ne respecte.

Les règles qui tiennent sur une page

1. Un outil approuvé, avec un compte d'entreprise. Choisissez un assistant offert sous un contrat d'entreprise, relié à votre authentification unique, avec un engagement écrit sur la rétention des données et sur leur non-utilisation pour l'entraînement. Vérifiez ces engagements dans le contrat, pas dans la page marketing.

2. Trois classes de données, pas trente. Une page qui tient en trois colonnes : ce qui peut entrer librement (textes publics, brouillons sans renseignements personnels), ce qui doit être anonymisé d'abord (cas clients, données chiffrées internes), et ce qui n'entre jamais dans un assistant, même approuvé, sans autorisation expresse (renseignements personnels de clients ou d'employés, secrets d'affaires, soumissions, code source sensible, identifiants).

3. Les comptes personnels, interdits pour le travail. La règle est simple à expliquer : sur un compte personnel, aucune donnée de l'entreprise, quelle que soit sa classe.

4. Les extensions IA sur liste blanche. La plupart des navigateurs gérés permettent de n'autoriser que les extensions approuvées. Une extension qui lit toutes les pages ne s'installe pas sans revue.

5. Les connecteurs, approuvés par un administrateur. Les suites de productivité courantes permettent d'empêcher les utilisateurs d'accorder seuls à une application tierce l'accès à leur messagerie ou à leurs fichiers. Activez l'approbation par un administrateur, puis passez en revue les autorisations déjà accordées.

6. Quinze minutes de formation, avec des exemples. Pas un code de conduite de douze pages : trois exemples de ce qui est permis, trois de ce qui ne l'est pas, et la personne à qui poser la question.

L'inscrire au registre

Le registre des usages de l'IA du premier épisode recense les outils. Ajoutez-y quatre colonnes : le type de compte (entreprise ou personnel), la rétention et l'entraînement tels que le contrat les fixe, les connecteurs autorisés, et la classe de données la plus sensible permise. Une ligne qui ne peut pas remplir ces colonnes n'est pas encore approuvée.

Et dans le registre de risques, le scénario s'écrit comme les autres, avec ses quatre parties. Un exemple fictif : « Un employé colle la liste de prix et les coordonnées de 300 clients dans un assistant grand public ouvert avec un compte personnel ; les données sont conservées hors de tout contrat ; un incident de confidentialité est à évaluer au sens de la Loi 25 et la liste de prix peut circuler chez un concurrent. » Il a sa source, son événement, ce qui est touché et sa conséquence d'affaires. Il a aussi, comme tous les scénarios, besoin d'un propriétaire.

Le test de la semaine

Prenez trente minutes et deux personnes : quelqu'un de la TI et quelqu'un d'un service qui écrit beaucoup (ventes, RH, finances).

  1. Posez à cinq employés de services différents, sans jugement, trois questions : quel assistant IA avez-vous utilisé cette semaine, avec quel compte, et qu'y avez-vous mis ?
  2. Dans la console de votre navigateur géré, listez les extensions installées dont la description mentionne l'IA.
  3. Dans la console de votre messagerie, listez les applications tierces à qui des employés ont accordé l'accès aux courriels ou aux fichiers.

Trois résultats doivent vous alerter. Au moins une réponse « compte personnel » avec des données de l'entreprise : votre politique n'est pas connue, ou pas applicable. Une extension IA que personne n'a approuvée : elle lit peut-être déjà vos systèmes internes. Un connecteur accordé à une application d'IA inconnue : c'est un accès permanent, pas un usage ponctuel.

Ce que vous devriez avoir dans un mois

Un outil approuvé sous contrat d'entreprise, une page de règles en trois classes de données, l'approbation des connecteurs par un administrateur, la liste blanche des extensions, et quatre colonnes de plus dans votre registre des usages de l'IA. Pas une interdiction : un chemin plus simple que le contournement.

Où FortaRisks intervient

Pour situer vos obligations dès maintenant, le diagnostic Loi 25 est gratuit et sans inscription. Pour en faire un programme suivi, Forta Conformité évalue ISO 42001 et le NIST AI RMF parmi plus de 40 référentiels rattachés au même socle de contrôles : la règle sur les comptes, la revue des connecteurs et la formation deviennent des contrôles datés, avec leurs preuves, au lieu d'une politique qu'on relit une fois par an.

Jeudi prochain : ce que vos clients vont vous demander sur votre usage de l'IA. Les questions qui arrivent déjà dans les questionnaires de sécurité, et comment y répondre avec des preuves plutôt qu'avec des promesses.

Sources : Commissariat à la protection de la vie privée du Canada, Principes pour des technologies de l'IA générative responsables, dignes de confiance et respectueuses de la vie privée (7 décembre 2023) · OWASP, LLM02:2025 Sensitive Information Disclosure · LégisQuébec, Loi sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé

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